Didier a accepté d'animer un groupe d'échange d'expériences entre parrains/marraines de filleules/filleuls grands ados-jeunes adultes, âgés de 16-21 ans environ, âge où se prennent des décisions d'orientation scolaire et professionnelle alors qu'on quitte le monde de l'enfance. Les questions qui se posent sont multiples et il est bon de les partager.
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Parrainage d'un grand ado: scolarité et orientation professionnelle
Je suis parrain depuis plus d'un an d'un ado né à l'étranger, pupille de l'état, qui aura bientôt 16 ans. Son parcours de vie est compliqué. Et sa scolarité tout autant: différents pays, différentes langues, 4 collèges différents en Alsace au grès des événements qui ont jalonné sa vie, sans oublier 2 ans de pandémie COVID. C'est un enfant d'intelligence normale, voire supérieure à la normale. L’année scolaire 22/23 a été très compliquée: démotivation, mauvais résultats scolaires, absentéisme important. Les explications sont multiples: collège et classe difficiles, faire ses devoirs sérieusement dans un foyer d'adolescents est compliqué (bruit, sollicitation multiples..) sans oublier (et c'est le plus important) la souffrance d'un jeune homme qui vit à des milliers de km de son lieu de naissance, sans famille, dans plusieurs foyers différents. La bienveillance de tous (double parrainage, éducateurs impliqués, psychothérapie de soutien etc) n'a pas suffi. J'ai tenté de l'aider sans succès: prise de contact et échanges avec le collège, inscription à MBN pour pouvoir accéder aux carnets de notes, aux devoirs à faire etc, tenter de le faire travailler les WE chez nous avec notre cadet qui aura bientôt 15 ans, encouragements pour les rares bonnes notes, passer sous silence les mauvaises notes etc etc. Le jeune homme vivait à l'envers dormant le jour et passant la nuit sur son téléphone. Il avait fait un stage découverte métiers en librairie, a retrouvé (de lui même) un futur stage dans une autre librairie, commencé à évoquer une éventuelle formation en alternance bac pro en vente, cherché un patron acceptant un apprenti (sans succès). L'été étant arrivé d'éventuels autres stages ne relevaient plus de l'Education Nationale. J’ai téléchargé une maquette de convention de stage sur le site de la Chambre des Métiers et j'ai pris mon bâton de pèlerin accompagné de mon filleul pour commencer à chercher à 2 en activant mon propre réseau familial, amical, professionnel. Le garçon étant passionné de culture japonaise nous sommes allés à 3 (fils, filleul, papa/parrain) à la Japan Addict à Strasbourg récemment. J'ai vu le jeune homme tourner longuement autour des voitures japonaises exposées, visiblement passionné. Il me citait les motorisations, les années de mise en circulation. J'en étais scotché. Cela a fait “tilt” dans ma tête: essayer de trouver un stage dans un garage! Les choses sont allées très vite par après grâce à un alignement favorable de planètes. Ai pris contact avec un garagiste que je connais, spécialisé en voitures de sport d'occasion. "OK pour un stage découverte d'une semaine en juillet". Echanges de mails avec le foyer, l'ASE, le Conseil de Famille pour avoir l'accord de tous. Le courant est très bien passé entre mon filleul et l'équipe de cette entreprise. Dès le premier soir on m' appelé en me disant que tout allait bien, que le garçon était impliqué, volontaire, travailleur, poli et surtout.... que l’entreprise cherchait un apprenti! Résultat: contrat d'apprentissage signé avant la fin du stage d'une semaine pour un bac pro mécanique en alternance!! Il y a quelques semaines ni lui ni moi n'avions pensé à cette orientation. D'un accueil 1-2 WE par mois dans notre famille nous passons à un accueil séquentiel 5j sur 7 chez nous (ce qui est un bouleversement pour lui mais également pour ma famille, espérons que cela va fonctionner..). Mon filleul est fier de travailler. En mettant le pied à l'étrier du monde du travail il voit qu'il peut s'intégrer dans la société, échafauder des projets d'avenir. Il attend sa première paie avec impatience. Mais pour lui c'est également la fin de l'enfance alors qu'il n'a encore que 15 ans: 5 semaines de congés annuels, 35 h de travail par semaine, fini les nuits sur le téléphone et les lever à pas d'heure. Pas certain qu'il tienne le choc même si l'équipe du garage l’encourage (il est "parrainé" par ses collègues!) et que parrain le félicite. Le jeune homme sait qu'il a droit à l'échec et que je resterai son parrain. Nos propres enfants n'ont pas eu un parcours d'orientation professionnelle linéaire. Il a, comme eux, le droit de se tromper, de changer d'avis. Le plus important pour lui et pour moi à ce stade: être sorti de cette spirale mortifère d'ennui, d'auto-dépréciation. Il sait que dorénavant lui aussi il peut se choisir un avenir, qu'il peut intégrer le monde des adultes qui travaillent. Et cela lui fait beaucoup de bien!
Le daebu (parrain en japonais), padrinho (parrain en portugais), daron, doc, qui sont mes différentes dénominations selon l’humeur du jour de l’ado